G.O.D.F


La Franc-maçonnerie
« La Franc-Maçonnerie, écrit Richard Dupuy, n'est ni une armée, ni une Eglise, ni un culte, ni un parti. Elle n'est qu'une méthode au service de l'homme, méthode d'accès par la Connaissance à la liberté, méthode d'accès à la Connaissance par le travail. »
 


En 1717, Quatre Loges londoniennes établies de "temps immémorial" et "quelques Frères anciens" s'associent pour créer la première Grande Loge de Londres et jeter ainsi les bases d'une organisation centralisée qui aboutira, après plusieurs décennies et bien des péripéties, à la Franc-Maçonnerie moderne. Mais cet événement marque-t-il vraiment sa date de naissance? Il est évident que non: outre le fait qu'elle se réclame d'une fondation plus ancienne, l'initiative de ses Loges vient sanctionner un état de fait et non le créer.

Le plus ancien témoignage concernant le métier de maçon en Angleterre remonte à 1356. A cette date, à Londres, un conflit oppose "les maçons de taille" (les tailleurs de pierres) aux "maçons de pose". Les autorités municipales édictent alors un règlement instituant la Compagnie des maçons, institution qui perdurera et au sein de laquelle, au XVIIe siècle, l'on peut relever la naissance de loges pré-spéculatives. Ce règlement est modifié en 1482 et laisse alors apparaître une organisation relativement bien élaborée; la Compagnie exerce le contrôle du métier à Londres. Elle enregistre notamment les apprentis, auxquels, au terme de leur apprentissage (7 ans), comparaissent devant une commission interne, puis après avoir prêté serment de fidélité et de loyauté envers le métier, la ville et la couronne, deviennent "hommes libres du métier".

En Ecosse, le mot "Loge" est employé pour la première fois en 1598, dans les statuts promulgués par William Shaw, Maître des ouvrages du roi d'Ecosse et Surveillant général de l'"incorporation" des maçons de ce royaume. Le mot "Loge" est employé pour désigner une juridiction permanente réglant l'organisation du métier et est une corporation coexistante de l'institution municipale. C'est elle qui contrôle l'entrée des apprentis et leur accès au rang de compagnon. Les maçons écossais de 1598 partagent des "secrets", notamment le "mot du maçon" qui leur sont communiqués après avoir prêté serment de discrétion.

Or, l'Angleterre et l'Ecosse n'ont pas le monopole des organisations initiatiques de tailleur de pierre. Si pour la France rien ne permet actuellement de prouver formellement l'existence de ces compagnonnages avant le début du XVIIe siècle, il n'en est pas de même pour la "Bauhütte" germanique dont les premiers règlements généraux remontent à 1459. Ils évoquent, comme les statuts de Shaw en Ecosse, l'existence de pratiques secrètes, à caractères initiatiques, et des mots de reconnaissance.

Divers indices sérieux laissent cependant présager de l'existence de ces compagnons de tailleur de pierre en France et en Allemagne dès le XIIIe siècle. Le fait est d'autant plus important que, dans les deux cas, il existe des similitudes avec la tradition maçonnique britannique (anglaise et écossaise).

Au stade actuel de nos connaissances, ce serait aller trop vite en besogne que d'affirmer ipso-facto que toutes ces fraternités initiatiques de tailleur de pierre procèdent d'un tronc commun datant de l'époque médiévale, voire plus ancienne encore (pour ne pas dire biblique, et pouvant même remonter jusqu'aux premières civilisations). Néanmoins cette piste de recherche ne peut être rejetée: elle est même à privilégier. La Franc-Maçonnerie moderne est dès le XVIIIe siècle, qualifiée de spéculative, car elle emploie des symboles du métier de maçon pour nourrir la réflexion intellectuelle de ses membres. Par opposition, "opérative" est un terme plus récent forgé par les historiens pour désigner les Francs-Maçons d'avant l'époque moderne et constituée de véritables tailleurs de pierre et maçons. Celle-ci est souvent réduite à une simple organisation de métier dont les membres n'auraient pas été véritablement conscient de la portée intellectuelle de leurs rites et symboles. A l'opposé, certains auteurs ont tendance à placer les opératifs sur un piédestal, leur attribuant la possession de secrets ésotériques exceptionnels...On peut dire que la dichotomie opératif/spéculatif n'a guère de sens, d'autant que l'étude de certaines sociétés de compagnonnage et la magnificence de leurs œuvres montrent qu'un certain nombre de leurs membres sont en réalité plus architectes et ingénieurs que simples "casseurs de cailloux".